Les autres et les miens

Les autres et les miens

4ème de couverture

Nous autres, Bigoudens, nous avons la réputation de ne pas être comme tout le monde. Cela doit être vrai puisque tout le monde le dit, nous-mêmes les premiers. Seulement, nous ne le disons pas sur le même ton que tout le monde. À l'énoncé de notre origine, les autres bretons nous regardent d'un œil où la condescendance et l'inquiétude essaient de s'accorder avec une certaine considération et une franche curiosité. Cela vient de loin. Leur tradition fait de nous, séculairement, de misérables mangeurs de berniques, maigres et haillonneux, relégués au bout du monde armoricain ou enfermés volontairement dans une sorte de ghetto, descendants au surplus d'une autre race qu'on ne saurait préciser, obstinés à vivre alors que notre présence sur la terre, de l'avis général, n'est pas d'une indiscutable nécessité. Au siècle dernier encore, nos voisins les plus proches répugnaient à nous donner leurs filles et, quant à leurs jeunes hommes, il leur fallait beaucoup de courage, d'inconscience ou de mépris du qu'en-dira-t-on pour venir chercher femme chez nous.

Pierre-Jakez Hélias

Plon